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Centre pour l'information et la documentation chrétiennes
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Le 9e art, à savoir la bande dessinée, est depuis longtemps déjà un vecteur précieux pour comprendre le monde d'aujourd'hui - à présent, on ne compte plus  le nombre de BD pédagogiques, éducatives ou journalistiques. Dans notre monde qui ne cesse d'être trépidant, lorsqu'on a si peu de temps pour lire, la bande dessinée peut se révéler être un raccourci précieux pour découvrir de nouvelles réalités. Passons donc en revue quelques unes de nos nouveautés :

01 seulsenexilLa violence contre les plus faibles, ce n'est pas une spécialité propre à quelques obscures contrées à demi-civilisées ; elle se trouve aussi dans des centres d'accueils pour enfants migrants à Genève. Seuls en exil donne la parole à trois enfants mineurs migrants qui témoignent de leur parcours : on ne peut qu'être interpellés, également, par l'absence de perspectives qui leur sont offertes. Écoutons l'un d'entre eux qui dit "Tu sais ... mon nom, Kocholo. ça veut dire le petit dans ma langue, c'est comme ça qu'on m'appelait là-bas... et je comprends. On est petit quand on a rien ni personne". A noter que chaque témoignage est illustré différemment par un autre dessinateur. Lisez également l'entretien avec l'un des auteurs, qui est très enrichissant.

02 histoiregenocidearmeniens"Qui se souvient encore des Arméniens ? " Cette venimeuse remarque que l'on prête à Hitler à la veille de la Seconde Guerre mondiale est effectivement troublante : le premier génocide du XXe siècle reste, dans l'enchaînement des évènements et ses mécanismes propres demeurent mal connus. Alors il est salutaire de pouvoir disposer à présent avec Une histoire du génocide des Arméniens d'une référence sérieuse, qui nous plonge dans le regard d'un jeune arménien désemparé par les décisions folles d'un Empire ottoman vacillant. À noter en particulier les fiches pédagogiques sérieuses et détaillées qui séparent chaque grand chapitre de cette tragique histoire. Attention, les illustrations sont parfois dures et conviendront plutôt à un public majeur.

03 carloacutis saintpourlajeunesseDans un tout autre style, Carlo Acutis : un saint pour la jeunesse nous permet de faire connaissance avec une figure importante du catholicisme contemporain latin et nous laisse entrevoir comment ce fils, bien sous tous rapports, de la haute bourgeoisie milanaise a pu marquer toutes les personnes qu'il a rencontrées durant sa brève vie. Cette bande dessinée sera surtout profitable pour tous ceux qui ne connaissent pas ou peu son parcours et qui souhaitent mieux comprendre quelles étaient ses idées.

04 philocomix metroboulotcogitoNous avions déjà acheté les deux premiers tomes de la série Philocomix qui présentaient de façon ludique et humoristique la pensée de grands philosophes ; le troisième tome change d'approche et propose, comme annoncé avec son sous-titre "Métro, boulot, cogito" un fil conducteur thématique qui est donc le travail et le sens qu'on lui donne. Des auteurs aussi contrastés que Marx, Hegel ou Adam Smith sont convoqués dans cette BD. Même si cela n'a qu'un rapport indirect avec la documentation rassemblée au CIDOC, cette bande dessinée n'est de loin pas inintéressante et constitue une contribution, modeste mais intelligente, qui nourrira la réflexion de tout un chacun sur le sens de la vie.

Toutes ces bandes dessinées, et tant d'autres, sont dès à présent à votre disposition au CIDOC!

Robin Masur, Chef de service

Les éditions chrétiennes Scriptura ont eu la bonne idée de traduire un album dont le programme est déjà tout indiqué dans le titre : Extraordinaires : Portraits de 13 femmes de la Bible .

En effet, comme le lecteur attentif de la Bible l'aura certainement remarqué, les femmes n'ont pas souvent le premier rôle tant dans l'Ancien que dans le Nouveau Testament. Pourtant, elles ne sont jamais très loin! Cet album, qui fait référence, entre autre, à Ruth, Noémi, Marie de Magdala, Rahab, Priscille, et tant d'autres, rend hommage à ces femmes énergiques qui ont été actrices de leur propre vie et ont apporté leur contribution tout au long de l'histoire du salut.

debora extraitQue l'on s'entende bien : il s'agit d'un livre pour enfants (disons dès 6-8 ans) qui a pour ambition de se proposer comme une première introduction à des récits qu'ils pourront ensuite approfondir en grandissant. Les récits sont sélectionnés et présentés de manière à ce qu'ils restent acceptables pour des enfants de cet âge-là (que l'on pense à l'histoire de la prophétesse Débora, de la défaite du général Sisera et de son armée et de sa terrible fin qui n'est absolument pas pour les enfants!) Les illustrations sont sautillantes et remplies d'un humour joyeux et entraînant, comme vous pouvez le voir avec le même exemple de Débora, ci-contre.

esther extraitCe qui participe à l'originalité de ce livre, c'est qu'il n'est ni une bande dessinée, ni un album séparant classiquement texte et image ; au contraire, il propose une lecture ludique que l'on peut qualifier de "bloc par bloc" qui ne peut qu'encourager le lecteur à poursuivre sa découverte de ces femmes aux ressources extraordinaires.

Cet album est dès à présent à votre disposition au CIDOC!

Robin Masur, Chef de service du CIDOC.

Desommetdieux prime abord, on pourrait se demander pourquoi le CIDOC propose tant de films qui n'ont apparemment aucun rapport avec la religion. Une première réponse, la plus simple et la plus conventionnelle, serait de dire que "rien de ce qui ne m'est humain ne m'est étranger". Certes, mais encore ?

Ce qui est intriguant, avec ce film tiré du manga éponyme "Le Sommet des Dieux", c'est que s'il y est bien sûr question de bout en bout d'alpinisme, de dieu(x) aucune trace à proprement parler !

Mais c'est cette absence qui est justement un aiguillon pour la réflexion du spectateur : qu'est-ce qui peut bien pousser le protagoniste principal, Habu, à prendre des risques insensés sur des parois immenses, à des hauteurs totalement inhospitalières pour la vie humaine ? Pourquoi monter là-haut ? Est-ce seulement "Parce que la montagne est là" (selon une fameuse réponse de l'alpiniste anglais Mallory à un parterre de journalistes) ? Que faire, quand ce sont les autres qui se retrouvent en danger dans ces parois mortelles ? Les sauver au risque de se perdre soi-même ? Les laisser mourir ? La tension entre les principes éthiques proclamés par les protagonistes et leur mise en application est toute proprement captivante et interpellera chacun des spectateurs.

L'association Images & Pastorale ne s'y est pas trompé et propose une fiche pour animer la discussion autour du film après la projection.

Il y a aussi, indéniablement, une dimension esthétique : il s'agit d'un film d'animation avec une qualité d'image tellement époustouflante qu'on se demande par moments, devant l'écran, si nous contemplons vraiment un dessin : elle contribue à donner du sens à cette quête de l'absolu en montagne.

Ce film (et bien d'autres) est dès à présent à votre disposition au CIDOC !

Robin Masur, Chef de service du CIDOC

noblesdecoeurQui d'entre nous est capable de pointer sans hésitation sur la Guinée dans une carte du monde ? Qui sait que sa capitale est Conakry (2 millions d'habitants) ? Et comme dans beaucoup de pays que l'on appelle "en voie de développement", les jeunes, particulièrement, rêvent d'un avenir supposément meilleur en Europe occidentale. La quantité d'histoires tragiques qui se noue jour après jour dans ces pays-là et sur les routes migratoires depuis des décennies est toute proprement inimaginable.

Pourtant, les plus anciens d'entre nous se souviendront peut-être d'un fait divers poignant qui avait fait la une des médias en août 1999 : deux adolescents qui s'étaient cachés dans le train d'atterrissage d'un avion avaient été retrouvés morts de froid sur le tarmac de Bruxelles. Ils s'appelaient Yaguine et Fodé ; outre leurs papiers, on avait retrouvé une lettre (que l'on peut lire ici) qui éclairent en partie leurs motivations.

Le roman graphique que nous venons d'acheter, Nobles de cœur, parle avec beaucoup de finesse de ce drame, qui n'a malheureusement pas pris une ride, et celui toujours renouvelé, de la quête des jeunes migrants et des souffrances qu'ils endurent tout au long des routes incertaines de la migration.

noblesdecoeur extraitIl ne s'agit donc pas à proprement parler d'une biographie de Yaguine et Fodé ni même du récit de leur voyage tragique, puisque à travers ces textes de slam (rappel : le slam est une forme très libre de poésie, sans rimes ou pieds, par exemple), Alexandre Oho Bambe veut en même temps rendre hommage à ces deux garçons, et nous faire ressentir, au fond des tripes, à quel point leur quête reste terriblement actuelle. Les illustrations de Fred Ebami, très versé dans le "pop art" achèvent de nous transporter dans cet ailleurs que nous côtoyons en toute ignorance.

Robin Masur, Chef de service du CIDOC

tolentinomendonca jose notrepereInconnu de ce côté-ci des Alpes, le cardinal portugais José Tolentino Mendonça est doté d'une très belle plume - il est d'ailleurs également poète et est très lu : son commentaire méditatif de la prière la plus connue des chrétiens a été traduit en carrément 11 langues, et est maintenant publié sous le titre français "Notre Père qui es sur la terre" (voir la notice dans notre catalogue).

Cette longue méditation sur chacune des paroles du Notre Père (mais sans la doxologie finale! En effet, le Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire aux siècles des siècles est traditionnellement séparée de la prière elle-même dans la liturgie catholique) se lit très facilement et agréablement.

Tout particulièrement, ce commentaire s'inscrit humblement dans le sillage de nombre d'auteurs chrétiens ou mondains : le cardinal Mendonça est un véritable érudit et parvient à créer tout naturellement des liens entre des idées bibliques et littéraires (Rilke, Proust, Thérèse d'Avila, Kiergekaard, Élie Wiesel, Merton, Beckett, Whitman, Hemingway et tant d'autres encore..).

A la fin, en guise d'annexe, l'auteur propose une série de prières revisitées sur la trame du Notre Père. Voici la plus courte, et peut-être la plus belle, intitulée Un Notre Père Essentiel :

Père, ton nom,
Père, ton règne,
Père, ta parole,
Père, ton pain,
Père, ton pardon,
Père, ton abri

Et si ce livre devait vous emballer, alors vous pourrez poursuivre votre cheminement avec le cardinal Mendonça en lisant Le Trésor Caché (également disponible au CIDOC) : une série de méditations sur treize passages bibliques.

Robin Masur, Chef de service du CIDOC

les peres du desert mattias rouwDepuis quelques années, on observe un regain d’intérêt envers les traditions anciennes de l’Église des premiers siècles (à laquelle peuvent s’attacher aussi bien catholiques que protestants ou chrétiens orientaux), ainsi les apophtegmes des Pères du Désert qui sont riches d’enseignements pour nous. Ce terme technique désigne une déclaration lapidaire qui synthétise la pensée d’un de ces Pères. Par exemple : « Le contraire de la parole n’est pas le silence, mais l’écoute » (Nisthéroos le Grand) ou encore : « Faire le bien est une bonne chose, le faire en secret en est une meilleure » (Synclétique d’Alexandrie). La composante éthique et intemporelle de ces sentences est indéniable et les rendent encore cinglantes et éclairantes pour les auditeurs du 21e siècle.

Les Éditions Première Partie viennent donc de publier un très joli album au graphisme léché et riche d’illustrations simplement intitulé « Les Pères du Désert » qui nous permet d’entrer en contact avec la pensée de 11 de ces anachorètes (dont tout de même deux Mères du Désert, Synclétique d’Alexandrie, justement, et Marie l’Égyptienne). Ce sont autant de parcours étonnants et édifiants à découvrir, comme celui de Moïse l’Éthiopien : on dit qu’il fut d’abord un brigand à la peau noire, grand, fort, violent et déterminé, qui changea complètement de vie à la rencontre d’un groupe de moines du désert et se distingua ensuite par sa très grande humilité : les défauts de l’autre sautent vite aux yeux mais pour quelqu’un d’autre, l’autre c’est toi !

Robin Masur, Chef de service du CIDOC

Les Pères du désert / Mattias Rouw. Éd. Première Partie, 2022.

photolangage exempleLes années 1970 dans toute leur splendeurLes photolangages ? C'est un outil d'animation pour les groupes qui est connu depuis plusieurs décennies (c'est même une marque déposée par ses inventeurs Alain Baptiste et Claire Bélisle, raison pour laquelle le terme est régulièrement accompagné du sigle ® ce qui l'enlaidit quelque peu : Photolangage® ). Dans nos collections, nous avions plusieurs dossiers qui commençaient sérieusement à dater : même si c'est très sympathique d'avoir des personnages affublés de chemises à fleurs et de pattes d'éléphants, le décalage avec notre propre époque était de plus en plus criant.

4nouveauxphotolangagesNous avons donc décidé de renouveler le choix de photolangages en retirant les dossiers les plus anciens, et les moins utilisés et en investissant dans l'achat de nouvelles séries, qui ont été publiées par Claire Bélisle chez Chroniques sociales (voir un aperçu ci-contre).

- Travail et relations humaines : pour mieux vivre son rapport au travail
- Jeunes et alimentation : pour penser ce que manger veut dire
- Jeunes, prises de risques et conduites addictives
- Pour l'entretien individuel : orientation et évolution professionnelle
- Ensemble pour nos rivières : favoriser la gestion participative de nos territoires
- Interculturalité et santé : à la croisée de la culture et de la santé
- Travail et changement : entrer dans le changement au travail
- Discriminations et harcèlement : prévenir les LGBTIphobies

Chacun de ces nouveaux photolangages dispose d'un dossier solidement charpenté (70-90 p.) servant d'introduction à la problématique abordée. Précisons encore que chaque dossier comporte 48 photographies en couleurs ; elles ont donc été plastifiées afin de faciliter leur réutilisation par différentes personnes.

Robin Masur, Chef de service du CIDOC

hommeetoile couvLe phénomène a débuté sur un compte instagram : un infirmier, Xavier, surnommé "l'homme étoilé" (à cause de ses tatouages sur les bras) publiait des esquisses pour montrer comment on pouvait vivre dans une unité de soins palliatifs en Belgique, dans laquelle il est toujours actif à ce jour. Le succès a été rapide (+173'000 abonnés à l'heure actuelle) au point que cela a débouché sur la publication des dessins sous forme de bande dessinée, en deux volumes (nous mettons à disposition au CIDOC la version intégrale, voir la notice sur notre catalogue).

Ce sont des histoires pleines d'humanité, et qui (dé)montrent que, contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, les soins palliatifs sont un lieu débordant de vie et dans lequel la qualité relationnelle du personnel soignant avec les patients acquiert une importance toute particulière. Il est amusant de relever que Xavier est un passionné de musique et qu'il a le don de transmettre sa passion aux malades dont il a la charge - la bande dessinée se termine d'ailleurs avec une petite discographie éclectique (Jacques Brel, Björk, Freddie Mercury,...) !

hommeetoile extrait
Passage tout à fait typique de la BD: la relation est toujours au centre des soins
Pour aller plus loin, n'hésitez pas à lire l'interview très intéressante de l'auteur dans le journal lavie.fr (librement accessible ici) qui nous permet de mieux comprendre les motivations et les convictions de Xavier.

En voici un extrait tout particulièrement interpellant :

En stage d’hématologie, j’ai rencontré Lucie, qui était en phase terminale. Elle souffrait tellement qu’elle a réclamé l’euthanasie, pratique légale en Belgique. Le lundi matin, elle a rempli le document, et, 48 h plus tard, elle a été euthanasiée. Qu’on lui ait administré la mort comme on lui aurait prescrit un Doliprane m’a choqué. Je l’ai vécu comme un échec. Je trouvais incorrect de laisser partir des gens ainsi, sans cette préoccupation, ce soutien physique, psychique et moral que l’on doit à tous ceux que l’on soigne, même quand la guérison est impossible. Il y a tellement d’autres ressources à déployer avant d’en arriver là ! Un arsenal thérapeutique très élargi qui permet de partir sereinement. Après ce stage, j’en ai fait un autre en soins palliatifs, à Bruxelles. J’ai su aussitôt que je ne voudrais plus faire que ça.

Nous espérons que vous aurez autant de plaisir que nous à lire cette bande dessinée, qui fait du bien tant elle recherche, sans cesse, des pépites mettant en évidence le côté lumineux de l'humanité!

Robin Masur, Chef de service du CIDOC

roidecuDans ce petit essai qui se lit très agréablement (83 pages) et est accessible au grand public, la théologienne Marie-Laure Durand nous propose une relecture très libre de la version matthéenne, peu connue et peu lue, de la parabole des invités à la noce (Mt 22, 1-14) qui est assez sombre puisque dans cette version, le roi, qui veut fêter le mariage de son fils, ne se contente pas de forcer des inconnus à participer à la noce mais envoie ses troupes exécuter les invités récalcitrants et la parabole se termine sur l’expulsion d’un invité ne portant pas l’habit de fête requis.
Ce récit inconfortable et très complexe peut se lire sur différents niveaux, mais ici, M.-L. Durand nous propose une relecture sur le plan de la sociologie des organisations (autrement dit : du management entrepreneurial mais aussi politique) et met en évidence les dégâts causés par une mauvaise gouvernance, à savoir un exercice par trop vertical du pouvoir qui ne laisse jamais véritablement la possibilité aux interlocuteurs du roi de s’exprimer librement, et qui aboutit à une situation dans laquelle tous les liens de confiance sont brisés.
Une fois le livre refermé, le lecteur ne pourra que méditer cette parabole et aura sans doute le désir d’aller chercher lui-même des prolongements interprétatifs pour nourrir sa réflexion : c’est ce que nous vous souhaitons !
Robin Masur, Chef de service du CIDOC – Centre pour l’information et la documentation chrétiennes. Bvd de Grancy 29 1006 Lausanne. www.cidoc.ch
Le roi déçu : l'exercice compliqué de la gouvernance / Marie-Laure Durand. Paris : Cerf, 2021 (voir la notice dans le catalogue du CIDOC)

Cet article a d'abord été publié dans le journal Relais d'avril 2022.

andrevon recitsapocalypseGuerres nucléaires, épidémies, catastrophes naturelles, invasion d'une forme de vie concurrente et exterminatrice du genre humain : voici quelques déclinaisons "apocalyptiques" dont on se passerait fort bien surtout en regard de l'actualité récente. Mais ce sont bien ces idées à la fois horrifiantes et fascinantes qui rencontrent depuis plus d'un siècle un succès foudroyant dans la culture populaire, dans la littérature fantastique et de science-fiction. Celle-ci a su empoigner ces thèmes dystopiques et nous raconter mille et une fois la fin du (d'un ?) monde et a trouvé son prolongement naturel au cinéma et dans la bande dessinée.

Lui-même écrivain et excellent connaisseur du genre, Jean-Pierre Andrevon se fait un malin plaisir de nous présenter, dans un ordre thématique libre, les principaux thèmes de ces récits apocalyptiques. Ainsi le chapitre "Les colères de la terre" traite aussi bien de changements climatiques que de tsunamis. Et "En attendant le grand crash" tourne autour de la menace qu'une météorite ne tombe du ciel. Ou encore, et c'est évidemment d'actualité : "Le mal court" va inventorier toutes sortes de pandémies galopantes qui vont ravager la terre.

Apprécions le fait que l'auteur ait débuté cette encyclopédie libre par un chapitre bien informé "En feuilletant la Bible..." dans lequel il revient rapidement sur le livre de l'Apocalypse et sur la mention des quatre cavaliers mais aussi sur la figure de l'Antéchrist et bien entendu le récit du Déluge. Les connaissances encyclopédiques d'Andrevon lui permettent de jongler avec une réelle facilité entre titres connus ("Terminator", "Mad Max" et d'autres plus datées et/ou confidentielles mais qui suscitent l'étonnement. Pour n'en citer qu'une :

Alfred Bester, dans sa nouvelle de 1941 Adam sans Ève (Adam and no Eve) va s'enfoncer sereinement dans les flots, conscients que les molécules de son corps seront à l'origine d'une nouvelle forme de vie...dans 100 millions de siècles. La poésie, au dernier jour, n'a pas perdu ses droits. (p. 255)

Ce livre, à l'humour grinçant, se lit très agréablement et permettra à tout un chacun d'avoir un aperçu du foisonnement de l'imaginaire humain et constitue une belle occasion pour découvrir nombre de films, livres et bandes dessinées ! Une bibliographie sélective et des index judicieusement agencés vous permettront de prolonger cette plongée dans les abîmes dystopiques que l'homme a lui-même créés. Le livre est empruntable dès à présent au CIDOC.

Robin Masur, Chef de service du CIDOC

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