Une histoire grinçante mais édifiante de l'Eglise

empireEn apercevant la couverture, on pourrait avoir un geste de recul. Ne s'agit-il pas d'une énième bande dessinée qui fait le jeu d'un anticatholicisme primaire, et qui flatte ainsi les bas instincts d'un public déchristianisé et, au fond, violemment antireligieux?

Oui, et non. Oui, car il ne faut pas le nier, le ton peut être sarcastique, et même très grinçant. Le dessinateur, Pascal Magnat, ne s'embarrasse pas des convenances et appuye le trait sur les dérives - historiquement attestées et indiscutables, il faut bien le dire - de l'Eglise à travers l'histoire (ici : depuis les débuts, depuis Jésus, jusque vers les années 1'200 autour de François d'Assise). Les moeurs coupables d'un grand nombre de papes, les compromissions politiques, la trahison du message évangélique, la création de l'inquisition et la période des Croisades sont mises en évidence sans complaisance et avec beaucoup de verve. Remarquons cependant que le pape François, qui apparaît au début et à la fin de ce premier tome, est, lui, dépeint positivement. Tout comme l'est Jésus et son message...[note théologique: on remarquera cependant que le Jésus qui est dépeint dans ce livre est conforme à l'image que s'en faisaient les théologiens libéraux du XIXe siècle, soit : un maître d'éthique dont on expurge tous les récits miraculeux, une vision qui a été quelque peu corrigée par la recherche ultérieure].

Non, car le scénariste, Olivier Bobineau, est un sociologue reconnu du CNRS à Paris, et qui a pour but de faire oeuvre pédagogique. Dans cette bande dessinée, il y a une vraie volonté de raconter l'Eglise sous un angle politique, et nous découvrons ainsi un grand nombre d'épisodes méconnus, ce d'autant plus que le quidam d'aujourd'hui ne sait en général presque rien du Moyen-Âge, soit la période allant des invasions barbares à la découverte de l'Amérique. Nous découvrons notamment avec beaucoup d'intérêt comment les Églises d'Occident et d'Orient ont progressivement fini par se disjoindre et à emprunter des routes institutionnelles différentes. La pensée des Pères de l'Eglise (Tertullien, Saint Augustin, ou, plus tard, Bernard de Clairvaux) est remarquablement bien synthétisée. O. Bobineau est visiblement bien documenté et a du plaisir à nous transmettre ses connaissances.

A notre sens, même si cette bande dessinée ne plaira pas et ne conviendra pas à tous les publics, elle reste remarquable, enrichissante et même édifiante. Après l'avoir lue, le lecteur repart avec un savoir renouvelé. Deux autres tomes, déjà intitulés Sodome et Gomorrhe (tout un programme...) et L'Apocalypse sont prévus et qui conteront la suite du récit - toujours inachevé - de l'histoire du christianisme.

Cette bande dessinée est dès à présent à votre disposition au CIDOC!

Robin Masur, Chef de service