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Une bible librement racontée

une bible lechermeierPhilippe Lechermeier est un écrivain pour la jeunesse, strasbourgeois et qui se déclare athée. Pourtant, il s'intéresse à la Bible et considère qu'il s'agit de textes fondamentaux dont on ne peut pas ignorer l'existence. Il s'est donc mis en tête de raconter à sa propre façon des textes bibliques qu'il estime en l'état difficile à retransmettre aux enfants en se contentant du texte littéral. Dans cette entreprise, il s'est retrouvé accompagné par une illustratrice - Rebbeca Dautremer - qui fournit 120 illustrations toutes plus étonnantes les unes que les autres (pour avoir un aperçu de ses dessins aussi somptureux qu'oniriques, regardez par ici). Il faut relever qu'il ne s'agit de loin pas du premier livre de Philippe Lechermeier, puisqu'il a déjà écrit/co-écrit/publié une quarantaine d'ouvrages, tous dans le domaine de la littérature de jeunesse. Le résultat de son travail est maintenant disponible sous le titre un peu curieux/étonnant "Une bible". Avant de juger sur pièces,

il est intéressant de relire son introduction explicative:

Pourquoi écrire une bible?

Parce que raconter la Bible, c'est raconter notre histoire,

une histoire faite de milliers de mythes, de contes et de légendes.

comment comprendre le monde sans tous ces récits? (...)

La Bible n'appartient pas qu'à la religion.

La Bible est un bien commun.

Qu'on soit croyant ou non croyant et qu'on le veuille ou non,

ses mythes ont façonné nos sociétés, ils s'immiscent

dans notre vie quotidienne, ils circulent dans notre inconscent.

En écrivant ce texte j'ai voulu que chacun puisse reprendre

ce qui lui appartient.

Une bible n'est pas La Bible.

Une bible est faite d'histoires qui se répètent et se réinventent.

A présent que une bible est à disposition de toutes/tous au CIDOC, qu'en penser? D'abord, le lecteur doit bien être conscient qu'il ne s'agit pas d'une reprise du texte mais d'une réécriture. Il faut donc accepter le fait de se laisser dérouter par le texte...et par les images! Elles sont très évocatrices mais il se dégage d'elles aussi une tristesse et une mélancolie assez indéfinissables, et cela tranche fortement avec les autres récits illustrés de la Bible que nous avons l'habitude de collecter au CIDOC. Ensuite, nous nous demandons s'il n'y aurait pas un manque de cohérence entre le texte qui s'adresse apparemment à des enfants de 10-12 ans (le travail de réécriture se ressent ici, on constate rapidement que le texte est bien adapté pour être lu à haute voix) et les images qui peuvent être assez dures, et qui s'adresseraient à un public plus âgé, aux alentours des 16 ans.

In fine, on ne peut qu'être frappé par cette tendance prégnante à reprendre le texte biblique pour aussitôt s'en éloigner fortement (dans un autre registre, les films Noé et Exodus sont à cet égard très significatifs), comme par défiance, comme s'il fallait se justifier pour reprendre le texte de la Bible et simultanément se défausser du soupçon latent de fondamentalisme ou plus simplement de croyance. Les compte-rendus qui en ont été donné par l'AFP et par différents blogueurs pourront continuer à nourrir votre réflexion concernant ce phénomène de reprise de la Bible par des non-croyants : ici, , , et encore par là.

Robin Masur, Chef de service du CIDOC